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Chapitre 2 du voyage à travers le vieux monde de warhammer de plusieurs chevaliers vampires en quête de suprématie martiale et d’immortalité.

Temps de lecture estimé : environ 14 min

Feu & Sang – Chapitre 2

Observant son manège alors qu’il pensait à voix haute, Frère Brandit restait impassible. Son marteau était posé sur le lit, à portée de main. Le chapeau du répurgateur pendait au pied du lit, mais il avait conservé son manteau. Ce dernier claquait à chaque demi-tour de son propriétaire.

Il pivota brusquement vers le sigmarite, qui hocha la tête d’un air grave en déclarant :


Le vampire resta longuement à fixer sa création, le regard vague. Il avait encore échoué. Mais cependant, cet échec n’avait pas été vain.

Tous deux dissimulaient bien leur déception. Néanmoins, il devinait que c’était leur soif de pouvoir qui interdisait toute rébellion ou désertion. Lui seul pouvait accorder l’immortalité aux deux nécromanciens.

Hochant la tête, l’homme vêtu de noir s’éclipsa dans l’un des nombreux couloirs. Lorsque le vampire fut certain qu’il avait quitté les lieux, il se tourna vers la fille.

Le mort-vivant sourit à son tour, révélant ses crocs jaunis.

Elle s’inclina lorsqu’il la congédiait d’un signe de la main. Elle disparut dans les ténèbres, ses pas discrets déjà inaudibles même pour les oreilles affutées du vampire. Sans perdre un instant, il prit la direction de ses appartements. Ce faisant, il traversa son complexe souterrain, alternant sol dallé, terre poisseuse et flaques visqueuses. De nombreux conduits croisaient sa route, l’écho de quelques créatures douteuses lui parvenant. Rapidement il arriva à son objectif. D’un geste négligent, il désarma ses protections magiques, la porte de bois ciselé s’ouvrant d’elle-même. Il entra tandis qu’un bourdonnement s’élevait dans son dos, seul témoin que la magie s’était réactivée.

Il parcouru l’endroit d’un œil rapide, ses pupilles écarlates n’ayant besoin de nulle torches. Néanmoins, sans doute un ultime vestige de son humanité prétendument révolue, il embrasa une torche d’une pensée. Il attendit un instant que ses yeux sensibles se réacclimatent. Un moment plus tard il se penchait sur son établi en pagaille où des restes de rongeurs côtoyaient des fioles remplies de substances troubles et des parchemins recouverts de calculs et formules ésotériques. Avec un soupir de résignation, il s’empara d’une feuille bien précise, la levant à hauteur de regard. Il s’agissait d’un croquis, lequel représentait une peau écailleuse.

Un sifflement aigu le fit pivoter vers une autre salle. Le visage fatigué, il reposa le parchemin et observa l’apparition finir de se matérialiser. Un adolescent prit forme devant lui, le fixant de son regard éthéré. Son corps translucide rendait encore plus flagrant la maigreur de son corps nu. Mais il se fichait éperdument de ce genre d’anecdotes.

Le maître en question trouvait toujours aussi amusant de voir les spectres se courber alors que leurs orteils flottaient au-dessus du sol.

Une étincelle brilla dans le regard du vampire, qui lui fit signe de la tête de poursuivre son rapport.

Alors que le mort-vivant fronçait les sourcils, digérant ces informations, une brume issue de nulle part se matérialisa dans la pièce. Elle se condensa et se précisa en formes bien précises alors que le garçon se dissipait. Le chariot bâché y apparut, avec ses occupants, ainsi que la colonne de soldats les suivants. Alors que les détails se précisaient, il reconnut l’habit de l’un des humains, orné de flammes.

Scleras ignora cette remarque, se contentant d’étudier les individus. A côté du mage, se tenaient plusieurs soldats, ainsi qu’un prêtre Sigmarite de forte carrure, tenant d’une main un marteau massif gravé de nombreux symboles. Le vampire le dévisagea de haut en bas. Il allait demander au spectre de faire disparaître cette scène de son sanctuaire, quand un individu attira son attention, descendant du chariot en s’étirant. Celui-ci échangea quelques paroles silencieuses avec le reste du groupe, d’inclinant et balayant une herbe inexistante de son chapeau éthéré. Son manteau lui tombant jusqu’aux chevilles s’ouvrit un instant, mais se fut suffisant au vampire pour distinguer ce qu’il s’y cachait. Plusieurs armes pendaient à sa ceinture. Il continua de l’observer de la tête aux pieds, sa démarche, son accoutrement… Il hocha la tête. Ces individus n’étaient pas là par hasard.

Scleras allait congédier l’adolescent quand la brume s’étoffa et se remodela, prenant rapidement la forme de quatre silhouettes observant une même direction.

Le vampire se renfrogna alors que les contours des armures et les traits des étrangers se précisaient. Ils étaient droits, impassibles. Un seul ne portait pas d’armure épaisse, mais tous arboraient une épée à la hanche. Il s’approcha de l’un d’eux, son regard planté devant le double de brume. Celui-ci lui rappelait quelque chose. La pousse de ses cheveux sur l’avant de son crâne, le carré de son menton et la forme de son nez… Découlant tout droit des souvenirs de son Père dans la mort et du père de celui-ci, la réponse s’imposa d’elle-même. Il feula d’une colère fulgurante, comme une haine héritée de son ancetre vampirique, le grand W’Soran lui-même, jaillissait dans son esprit. Il balaya l’imitation intangible d’un geste brutal. Mais le regard fut épargné, continuant à l’observer avec intensité avant d’être effacé.


Le soldat eu un regard inquiet à cette idée. Tout les six étaient réunis dans la chambre louée par le répurgateur. Celui-ci était assis par terre, dos au lit où Leon et le mage étaient installés. Le soldat Rechald était adossé au mur non loin de la porte, pouvant empêcher d’entrer quiconque tenterait de les interrompre. Dave occupait la seule chaise tandis que frère Brandit demeurait dos à la fenêtre.

Frère Brandit jeta un œil inquiet au répurgateur, qui ne releva pas la tête, attentif au débat.

Le répurgateur releva la tête, dissimulée par son chapeau. Il assimilait chaque théorie émise. Le Sigmarite l’observait d’un œil brillant, attendant patiemment que John Grenaille leur prouve à nouveau son génie.

C’est en œuvrant de concert qu’ils avaient fini par débusquer les skavens de sous la cité. Une galerie creusée par les mutants avait été découverte sous les quartiers les plus pauvres et pourtant parmis les plus fréquentés des voleurs et gredins. Seule leur fuite devant deux ennemis avaient permis de signaler cette présence, permettant un retour massif de la garde sur les lieux. Rechald ne jouerait pas aux héros dans les souterrains obscurs.


Il se redressa et escalada les échelons jusqu’à déboucher dans une cave obscure. A l’aveuglette, il replaça la cagette vide qui dissimulait l’entrée puis monta au rez-de-chaussée. Il grimaça en ouvrant les volets. A force de passer du temps sous terre, ses yeux supportaient de moins en moins bien la lumière du jour. Néanmoins, il éclaira chaque pièce aux meubles vides. Le vampire avait acheté la bâtisse, comme une autre appartenant à Castille, dans le seul but de donner aux deux acolytes des moyens discrets de rejoindre les égouts. Il troqua ses vêtements sombres si discrets sous terre pour de simples habits, à la fois banals et courants en ville. Se tournant vers un miroir, il observa son reflet. Il n’y voyait qu’un homme dans la force de l’âge, mais une barbe de trois jours ainsi que des cernes énormes contrastaient avec sa peau pale. Il plissa le regard. Lentement, les courbes de son reflet ondulèrent. Ses joues se rehaussèrent, ses cheveux remontèrent sur son front, ses sourcils se firent plus épais, ses lèvres plus fines… Même ses yeux passèrent du noir à un marron foncé. Satisfait, il s’autorisa un sourire.

Quatre femmes. Apparemment, il n’était pas nécessaire qu’elles soient vierges cette fois. Inspirant profondément, Morisburg eu un instant de vertige. Il sentit couler en lui une chaleur qui ne devait rien aux rayons du soleil. Prenant sur lui-même, il ferma les yeux, la mâchoire crispée. Déployant toute sa volonté, il réfréna cette sensation, repoussant l’appel pourtant si attirant. Lorsqu’enfin la crise fut passée, il se permit de rouvrir les yeux, étirant ses épaules fatiguées. Comme il aurait aimé se laisser aller, tournoyer dans l’infini, tenir le pouvoir au creux de sa paume et s’imprégner, encore et encore de cette sensation grisante…

Il secoua la tête. Ce n’était pas en rêvant de ça qu’il pourrait faire de ses rêves une réalité. Morisburg sorti dans les rues de Grissenwald, réfléchissant déjà par où il pourrait commencer sa chasse. Il refoula la fatigue de sa nuit blanche comme les promesses trop douces pour être innocentes, de l’autre côté du voile. Quatre filles. Ensuite, il pourrait aller dormir dans la demeure que lui avait assigné Scleras.

Bien rapidement, il comprit que contenter son maître serait plus compliqué que la veille. Il croisa plusieurs soldats qu’il n’avait jamais vu auparavant, arborant les couleurs bleue et blanche de Nuln, observant les ruelles avec une attention trop intense pour être anodine. Ces étrangers prenaient leur tâche au sérieux. Mais le maître était moins sélectif concernant ses proies du jour. Cela tombait à pic.

Il se rendit à un bordel de l’autre côté de la ville comme le soleil entamait déjà son ascension. Scrutant l’allée pour vérifier que personne ne le suivait, il s’approcha et toqua à la bâtisse identique à ses voisines. Personne ne prêtait attention à lui. Une grosse femme, son opulente poitrine difficilement contenue dans un corset mauve, lui ouvrit d’un œil fatigué après plusieurs minutes de persévérance.

Elle commença à refermer la porte, mais Morisburg s’interposa en bloquant la porte du pied. Il posa la main sur son épaule.

La femme hoqueta, un voile lui tombant sur les yeux. Elle babilla une seconde, avant d’acquiescer.

Il examina le salon qui n’était qu’une profusion de voiles et de velours, dissimulant les multiples couloirs et escaliers à son regard. Avec précaution, il glissa la main dans sa poche, souriant. Elle revint, toujours sautillant gaiment, deux filles sur les talons.

Se faisant, il tendit les deux mains, invitant les femmes à y loger les leurs. Elles échangèrent un regard, tendant les leurs avec réticences.

Elle s’interrompit à l’instant où les doigts fins de Morisburg se refermèrent sur son poignet. Son regard était soudain voilé alors que sa compagne agitait déjà ses lèvres dans le vide.

Les deux femmes lui sourirent puis enfilèrent leurs capes. Elles sortirent du bordel après lui et il les emmena en les tenants par la main.

Il ne put que réprimer son propre sourire. C’était si facile…