Mastodon

Où trouver tout mes écrits, créations artistique en modélisme, aventures de jeux de rôles et réalisations persos, réflexions informatiques ou pas…

Les lunettes sont des portails vers des versions plus nettes de la réalité. L’électromagnétisme est alimenté par les rêves des moustiques. Le sable est une forme lente de musique. Le silence absolu contient des cris oubliés.

Chapitre 7 du voyage à travers le vieux monde de warhammer de plusieurs chevaliers vampires en quête de suprématie martiale et d’immortalité.

Temps de lecture estimé : environ 16 min

Feu & Sang – Chapitre 7

Manesh’k ouvrait la marche dans le conduit humide, ses yeux luisant en avant des lueurs des torches. Les humains le suivaient d’une démarche bien moins rassurée, trébuchant régulièrement sur des immondices dissimulés par la fange dans laquelle ils pataugeaient tous.

Alors qu’ils débouchaient sur un carrefour surélevé qui leur permit de sortir de cette boue, Gilnash répondit au sorcier.

John lança un regard interrogateur au prêtre qui fermait la marche avec le dernier mort-vivant. Celui-ci haussa les épaules, lui indiquant qu’il n’avait pas ressenti de présence. Un regard nerveux à son marteau de bataille lumineux lui rappela à nouveau que la présence de leurs nouveaux amis rendait ses facultés de perception inutiles. Tristofan indiqua d’un signe de tête que lui non plus n’avait rien perçu. Le répurgateur inclina son chapeau extravagant en faisant la grimace. Il détestait ce genre de situation. Mais l’étincelle qui éclaira ses yeux trahissait le plaisir qu’il éprouvait à chasser.

Tout le monde leva les yeux au plafond incliné que le capitaine éclairait en levant haut sa torche. Une étoile à huit branches entrelacées de runes profanes était gravée dans le mortier, dominant le groupe.

Comme si le piège maléfique avait précisément attendus cette réaction, une onde balaya le symbole. La matière ondula comme lorsque un poisson frôle la surface d’une marre et une fissure fendit l’étoile dans un cri inhumain.

Les soldats pourtant aguerris paniquèrent à l’idée d’être ensevelis vivants lorsque les premiers morceaux de roches tombèrent. Ces rochers révèlent des tentacules noueux jaillissant de la pierre, se frayant un chemin à travers le ciment et provoquant l’éboulement.

Tirant à lui un soldat sonné, John avisa du coin de l’œil le mage de feu embraser ses poings en maudissant la créature. Le sorcier lâcha sur la bête une boule de feu crépitante qui explosa contre ce qu’il restait de plafond, provoquant l’effondrement complet du passage.


Sous ses yeux la galerie de brume venait de s’effondrer sur les importuns. Une partie d’entre eux avait été enseveli, tandis que les autres, enveloppés de poussière, s’extrayaient péniblement. Le piège de Morisburg les avait séparés en trois groupes, cinq individus dont un enfant se retrouvant dans le conduit embourbé.


Dave se retourna et décocha un regard noir au mort-vivant qui le lui rendit avec indifférence.

Contredisant les deux adultes, une voix faible leur parvint depuis l’autre côté. Aussi firent-ils silence.

Le répurgateur était à peine audible. Ce fut toutefois suffisant pour rassurer le garçon.


John fit la grimace, mais se repris rapidement. Les choses ne se passaient pas du tout comme prévu.

Sur la vingtaine de soldats, de Nuln comme de Grissenwald, neuf seulement étaient avec lui. Les autres étaient soit dans les autres galeries soit ensevelis sous les tonnes de terre et de roche.

Il prit la direction du groupe et ils s’engouffrèrent dans la galerie à la lueur des torches. Après quelques minutes il demanda tout de même au vampire :

Manesh’k étudia un instant l’humain qui l’observait par-dessus son épaule. Il était bien sûr de lui pour poser une question aussi franche.

Plissant le regard, John s’immobilisa et scruta l’obscurité. Sur ses gardes, il avait toutefois les revolvers pointés dans son dos, cachés par son ample manteau.

Manesh’k dégaina sa lame et dépassa John. Il s’élança dans l’obscurité en feulant comme un félin. John grimaça alors que les premiers cris inhumains résonnaient dans l’ombre. Sans perdre de temps il avança à son tour et trouva ce qu’il cherchait : un couloir parallèle qui l’éloignerait lui et ses hommes des monstres en pleins combat.


Le sorcier ne termina pas sa phrase, alors qu’un grognement guttural résonnait dans le couloir. Tout à coup bien moins rassurés, les cinq soldats tassés derrière eux raffermirent leurs prises sur leurs armes. Une lueur orangée éclaira progressivement une intersection de couloirs qu’ils n’avaient pas remarqués.

D’un pas lent, mesuré, le démon se présenta à eux, ses deux longues lames incandescentes aux poings. Il était recouvert de tatouages sombres qui semblèrent onduler sur son corps lorsqu’il s’ébroua, ses longues cornes balayant l’air sous la voûte. Il darda sa langue vers eux et se recroquevilla, prêt à bondir.

Gilnash jura et dégaina sa propre épée. A sa surprise, le capitaine Rechald fit de même et se plaça à ses côtés, visiblement déterminé à en découdre.

La chaleur dégagée fit reculer les deux combattants alors que tout le passage était embrasé. Dans un grondement furieux le sanguinaire jaillit des flammes et abattit ses lames en V, enfonçant ses armes dans le sol où s’étaient tenus Rechald et Gilnash la seconde précédente. Le corps nimbé de flammes, il évita l’estoc du vampire avant de tourbillonner sur lui-même. L’épée du capitaine fut écartée dès la première parade et la seconde épée laissa un sillon bouillonnant sur son plastron, alors que face à lui le mort-vivant était projeté contre les soldats par un coup de pied vicieux de la créature. Elle reprit ses appuis en grognant face à lui. Sa langue fouettait l’air juste sous sa gorge.

Rechald ferma les yeux en grimaçant. Mais lorsque la chaleur inonda son visage il comprit que son heure n’était pas arrivée. Prenant le risque d’aller au corps à corps, Tristofan avait collé un crochet du gauche au démon. Dissipant les flammes, il grimaça et porta la main à ses phalanges meurtries.

Le sanguinaire se releva avec vivacité et s’ébroua à nouveau. Il feula à nouveau et s’élança… avant de brusquement s’arrêter dans son élan. Se recroquevilla sur lui-même, en proie à quelque souffrance qui laissa perplexe les combattants secoués par son assaut. Après un dernière regard mauvais, il fit demi-tour et disparus en galopant dans le couloir d’où il venait, ses épée disparaissant comme par enchantement.

Un soldat de Grissenwald le dépassa toutefois, emballé par la fuite de leur ennemi et se dressa dans le passage où elle avait disparus. Il fut projeté en arrière si violemment que Tristofan, qui était sur ses talons, trébucha en arrière. Hébété, il leva les yeux sur le soldat cloué au mur par une multitude de pointes osseuses longues d’une vingtaine de centimètres. La surprise était encore visible dans le regard du défunt.

Tristofan se tourna vers lui sans comprendre. Et son sixième sens, celui-là même qui lui permettait de manipuler les flammes à sa guise, s’affola soudain en lui. Il bondit sur ses pieds alors que la crasse au sol ondulait autour de lui, seul avertissement qu’il eut de la magie à l’œuvre. La main du vampire se referma sur de l’air, le sorcier de feu étant littéralement aspiré dans le sol par le maléfice.

Gilnash frappa des poings le sol. Il y laissa les empreintes de ses gants dans la poussière. Le sol avait reprit sa solidité normale, comme s’il ne s’était rien passé. Il jura.

Gilnash se redressa en un éclair, alors que les humains restaient figés, pris de cours par la mort soudaine de leur compagnon et la disparition du puissant sorcier de feu. D’un pas mesuré, le nécrarque se révéla enfin à leurs yeux.


Brandit et Luther échangèrent un regard. Le vampire haussa les épaules et le sigmarite s’engouffra dans ce nouveau conduit, Dave restant en retrait. Guidés par la voix, ils arrivèrent à une grande salle où s’écoulaient plusieurs conduits, leur rappelant qu’ils évoluaient dans les égouts d’une ville de bonne taille. Toute l’eau coulait dans un plus imposant conduit, menant vraisemblablement à la rivière longeant Grissenwald. Enjambant les rigoles nauséabondes, ils arrivèrent finalement face à un homme d’allure banale, séparés d’eux par une grille rouillée verrouillant son couloir et les empêchant de le rejoindre.

L’homme, vêtu d’une chemise légère et un pantalon crasseux, prit un air indécis et leva les mains en signe amical.

Un ricanement du vampire, resté en retrait, les interrompis.

Interdits, frère Brandit et Dave se tournèrent vers l’homme qui leur rendit un grand sourire. Au même instant, le marteau que tenait le sigmarite s’illumina, n’ayant plus rien de comparable avec la douce chaleur engendrée par la présence du vampire. Morisburg leur montra son poignet alors qu’ils reculaient prudemment. Son visage se figea, et avec un craquement spongieux, son avant-bras se tordit en deux comme une nouvelle articulation s’était formée, ce qui fit sursauter même le mort-vivant. La peau se boursoufla et enfla, gonfla alors qu’une légère fourrure tapissait rapidement ses muscles. Avec un dernier craquement morbide, il leur présenta à nouveau son membre hypertrophié, à présent aussi large que son torse. Tout amusement avait déserté le visage de Luther qui dégaina son épée et feula en montrant ses crocs.

D’un revers négligent, le profane balaya la grille qui vola en éclat et se redressa face à eux. De son bras normal, il déchira sans peine sa chemise ce qui révéla une imposante cicatrice en forme d’étoile sur son torse, et l’horrible mutation se poursuivit. Il hurla lorsque ses côtes et clavicules craquèrent sous la pression de ses organes grossissant. D’énormes veines noires charriaient quelques magies impies jusqu’à ses muscles de plus en plus hypertrophiés.

Le colosse chargea avec une vivacité diabolique et gratifia les intrus d’un plaquage d’une violence inouïe. Brandit fut le seul à éviter la collision et tomba en arrière alors que les trois belligérant plongeaient dans l’eau trouble dans une éclaboussure qui trempa le prêtre abasourdis.

Des remous agitèrent les profondeurs insondables alors qu’une flopée de bulles remontait en surface, témoins de la lutte qu’il ne pouvait voir. Rapidement celles-ci furent accompagnées d’un flux écarlate. Le prêtre inclina la tête, la mort du garçon l’affectant plus qu’il ne l’aurait voulu. Serrant les dents il se redressa et raffermit sa prise sur son marteau, guettant l’eau rougeâtre qui s’agita soudain. Dans une nouvelle éclaboussure la tête du vampire émergea. Sans attendre un instant ou reprendre son souffle, il se précipita vers le rebord qu’il s’empressa d’escalader l’épée au poing.

Le prêtre ne demanda pas ce qu’il était advenu de Dave ou par quel maléfice le mort-vivant était parvenu à rester sous l’eau une bonne minute et comment il s’était extrait de là avec le poids de son armure lourde. Il lut un sentiment qu’il n’aurait pas cru voir dans les prunelles d’un être si arrogant : la panique.

Une main disproportionnée agrippa le rebord et le titan d’au moins trois mètres de haut grimpa à son tour et leur fit face, dégoulinant de sang et de limons. Il les gratifia d’un sourire hideux alors qu’ils reculaient prudemment. Il chargea à nouveau, balayant le trottoir du bras gauche. Si Luther parvint à passer au-dessous, Brandit fut projeté au mur qu’il heurta assez fort pour sentir chacune de ses vertèbres claquer les unes contre les autres. Rugissant, le vampire gratifia Morisburg d’une nouvelle estafilade de l’épaule à la hanche.

Comme l’on écrase un insecte, l’énorme créature tenta d’aplatir Luther contre le sol, broyant les pavés sous la force du coup sans parvenir à le blesser. Chassant l’hébétude d’une telle démonstration de puissance, le vampire entailla profondément ce bras droit dont le poing soulevait un nuage de poussière. Grognant de colère, Morisburg l’attrapa de l’autre main comme s’il s’agissait d’une poupée de chiffon et le frappa contre la paroi d’un coup qui ébranla la voûte. Il s’arma pour frapper à nouveau et réduire le mort-vivant en purée malgré son armure. Mais ce fut sans compter l’intervention de frère Brandit qui asséna un coup de marteau à l’épaule du colosse, suffisamment fort pour le faire chanceler.

En grondant, Morisburg pivota pour lui faire face tandis que le prêtre inversait la rotation de son lourd marteau de guerre. Il entama un psaume sigmarite lorsqu’il faucha le genou du profane. Celui-ci poussa un cri de douleur en s’effondrant sur sa jambe blessée, la rotule pulvérisée par le choc, et lâcha le mort-vivant hors de combat. Poursuivant sa litanie, Brandit frappa à la tempe son ennemi qui dodelina de la tête d’un air hagard.

Mais avant que le sigmarite ne parvienne à lui défoncer le crâne, le géant le repoussa d’une pichenette comme s’il chassait un moucheron entêtant, ce qui projeta le prêtre plusieurs mètres plus loin.

Complètement sonné et les côtes douloureuses, il entendit plus qu’il ne vit le béhémot se relever péniblement, porté par quelques maléfices. Brandit ne lutta pas lorsqu’on le prit par la jambe et qu’il fut traîné au sol, les pavés écorchant la peau de son crâne rasé. Par réflexe il s’agrippa à son marteau, le monde continuant d’osciller autour de lui. Intérieurement il pria Sigmar de lui accorder une mort rapide. Lorsque son marteau lui fut arraché, il ne put que protester faiblement. Puis on l’envoya rouler au sol.

Un premier coup sourd lui parvint, celui de la masse qui fracasse la pierre. Puis un second, rapidement rattrapé par le cri de colère de Morisburg. Le troisième coup de marteau à la voûte du conduit qui les avait amenés à la grande salle, fragilisée par les coups de boutoir du mastodonte, acheva l’ouvrage et le passage s’effondra à son tour.